Le Programme
La Science
1. Enjeux de la notion (Le paradoxe initial)
La problématique centrale
La science se présente comme le modèle par excellence de la vérité objective, prétendant nous dévoiler la réalité du monde par des lois universelles et nécessaires. Cependant, la démarche scientifique repose sur l'expérience humaine, qui est par nature limitée et contingente.
Le paradoxe est le suivant : comment la science peut-elle formuler des lois à prétention universelle et définitive alors qu'elle s'appuie sur une méthode (l'induction expérimentale) qui ne permet logiquement de garantir qu'une forte probabilité ?
De plus, si l'histoire des sciences témoigne de rectifications constantes, la vérité scientifique ne doit-elle pas être pensée comme relative et évolutive plutôt qu'absolue ?
Exemple d'accroche : L'eau dans la pompe
Jusqu'au XVIIe siècle, l'explication admise pour justifier que l'eau monte dans une pompe était l'idée d'Aristote selon laquelle "la nature a horreur du vide". Cette théorie semblait confirmée par l'expérience immédiate.
Il a fallu l'étonnement face à un fait résiduel (l'eau ne monte pas au-delà de 10,33 mètres), puis le raisonnement hypothético-déductif de Torricelli et l'expérimentation de Pascal, pour invalider l'ancienne explication et prouver l'existence de la pression atmosphérique. Cet exemple illustre que la vérité scientifique se construit contre les évidences premières, par une rectification constante.
2. Les grands repères / concepts clés à maîtriser
Réalité vs Vérité
La Réalité : Vient du latin res (chose). C'est l'ensemble des choses qui existent (l'être). Le contraire du réel est la fiction ou l'illusion.
La Vérité : N'est pas dans les choses, mais est une qualité du jugement, du discours ou de la pensée. La définition classique de la vérité est la correspondance (ou adéquation) entre le discours et le réel.
Induction vs Déduction
Induction : Raisonnement par généralisation qui prétend passer du particulier (un nombre fini d'expériences) à l'universel (une loi). Base problématique des sciences (Ex: "Tous les corbeaux vus sont noirs, donc tous le sont").
Déduction : Raisonnement sûr qui opère le passage de l'universel au particulier (modèle des mathématiques).
Phénomène vs Noumène
Phénomène : La chose telle qu'elle nous apparaît, relativement au filtre de nos capacités sensorielles et intellectuelles. La science ne porte que sur les phénomènes.
Noumène (Chose en soi) : La réalité des choses telles qu'elles sont en elles-mêmes, de manière absolue. Inconnaissable scientifiquement.
Dogmatisme vs Scepticisme
Dogmatisme : Attitude stérile consistant à croire que l'on a atteint la vérité absolue de manière irréfragable, refusant la critique et figeant la science.
Scepticisme : Doctrine considérant qu'on ne peut atteindre aucune vérité absolue. Un scepticisme exagéré conclurait qu'on ne peut se fier à rien.
3. Les auteurs incontournables (et leurs thèses)
A. L'Empirisme (John Locke et David Hume)
Le primat de l'expérience et ses limites. La connaissance dérive entièrement de l'expérience sensible.
La Tabula Rasa
L'esprit humain au départ est une "table rase". Toutes nos idées (même complexes comme "Dieu") proviennent de l'assemblage et de l'abstraction de sensations primaires reçues par l'expérience.
La critique de la causalité (Hume)
Le principe scientifique de causalité ("tout a une cause") dérive de l'habitude. Nous ne voyons jamais la "connexion nécessaire" entre cause et effet, nous ne constatons qu'une "succession habituelle".
Le scepticisme modéré
Puisque l'expérience seule ne garantit pas la nécessité d'une loi, toute conclusion scientifique dans les sciences de la nature n'est qu'hautement probable, jamais d'une certitude absolue.
B. Le Rationalisme cartésien (Descartes)
La primauté de la raison
L'origine des idées : Descartes distingue les idées adventices (sens), factices, et surtout les idées innées, qui font partie de la raison humaine et permettent les mathématiques.
La Méthode : Pour éviter les erreurs, il faut suivre 4 règles de bon sens : l'Évidence, l'Analyse, l'Ordre, et la Vérification.
C. L'Épistémologie expérimentale
Bernard, Bachelard, Popper
Le raisonnement expérimental (Bernard) : 1. Fait résiduel. 2. Hypothèse rationnelle. 3. Expérimentation pour valider/invalider l'hypothèse.
Le falsificationnisme (Popper) : Une théorie n'est scientifique que si elle est réfutable. Elle est considérée vraie tant qu'aucun contre-exemple ne l'a fait s'effondrer. La vérité est évolutive.
D. Le Criticisme (Emmanuel Kant)
La connaissance comme construction
La synthèse transcendantale : La connaissance scientifique nécessite deux facultés : la sensibilité (réception) et l'entendement (application de concepts comme la causalité).
La science ne connaît pas la réalité absolue : L'esprit humain applique la catégorie du déterminisme aux données sensorielles. Le déterminisme n'est pas une propriété de la nature en soi, mais une construction de notre esprit. La science ne connaît que les phénomènes.
La place de la morale : Parce que la science est limitée à l'ordre des phénomènes, Kant ménage une place à la liberté. Un homme peut être pensé comme déterminé scientifiquement (le phénomène), mais jugé moralement responsable (le noumène).
4. Citations mémorisables
Il n'y a rien dans l'esprit qui ne soit d'abord passé par les sens.
Le fait suggère l'idée, l'idée dirige l'expérience, l'expérience juge l'idée.
La physique est une éminente synthèse abstraite-concrète.
Sans la sensibilité, nul objet ne nous serait donné et sans l'entendement nul ne serait pensé. Des pensées sans contenu sont vides, des intuitions sans concepts, aveugles.
5. Méthode (Comment utiliser ce cours en dissertation ?)
Sujet type :
"L'expérience suffit-elle pour asseoir la vérité scientifique ?"
- I. L'expérience comme condition nécessaire On mobilise l'empirisme de Locke et Hume. Le contact sensible garantit la véracité ; la critique cartésienne des idées innées.
- II. Les limites de l'expérience isolée Le problème de l'induction (passage du particulier à l'universel). Scepticisme de Hume (l'habitude ne garantit pas la nécessité) et Descartes (nécessité d'une méthode rationnelle).
- III. Dialogue entre l'expérience construite et la raison L'expérience scientifique n'est pas l'expérience commune. On mobilise Claude Bernard (raisonnement expérimental) et Bachelard (synthèse abstraite-concrète). L'expérience obéit aux questions de la théorie.
Sujet type :
"La science nous livre-t-elle la réalité telle qu'elle est ?"
- I. La science comme entreprise de dévoilement La méthode expérimentale (Bernard) permet d'établir des lois. Le rationalisme pose que le monde matériel obéit aux lois de la raison.
- II. La nature évolutive de la vérité scientifique La science n'est pas définitive. L'histoire des sciences montre des révolutions. Popper : la théorie n'est pas irréfragable, elle est falsifiable.
- III. La science construit la réalité phénoménale On mobilise impérativement Kant. La science n'atteint pas la réalité "en soi" (noumène), mais organise le monde tel qu'il apparaît (phénomène). Le déterminisme est une construction de notre esprit.